« Je suis un peu sans voix face à la technologie » : un journaliste critiqué pour avoir interviewé la version IA d’un adolescent mort dans une fusillade
Le 4 août 2025, Joaquin Oliver, l’une des 17 victimes de la tragédie de Parkland (Floride) en février 2018, aurait fêté ses 25 ans. Ce jour-là, l’ancien journaliste de CNN, Jim Acosta, a publié une interview inédite : celle d’un avatar animé par intelligence artificielle, recréé à partir de photos de Joaquin. Une initiative portée par les parents du jeune homme, qui fait beaucoup réagir.
Une interview virtuelle aux intentions militantes
Invité par le père de Joaquin, Manuel Oliver, Jim Acosta a réalisé une interview de l’avatar du jeune homme, animé grâce à l’IA. La voix est robotique, le visage inspiré d’une photo. Joaquin version IA y évoque les violences armées et plaide pour un changement, en proposant des solutions telles que le renforcement des lois, l’accompagnement psychologique et la mobilisation citoyenne.
L’échange a aussi abordé des sujets plus légers, comme les films et le sport. Si certains ont trouvé l’expérience émouvante, d’autres l’ont jugée profondément dérangeante.
Une vague de critiques
Sur les réseaux sociaux, les critiques n’ont pas tardé. Beaucoup dénoncent une interview « glauque », « malsaine » ou encore « inhumaine ». Certains estiment qu’interviewer un avatar d’un adolescent tué dans une fusillade est une limite éthique qui ne devrait pas être franchie. D’autres soulignent qu’il aurait été plus pertinent de donner la parole à des survivants réels, capables d’exprimer une véritable émotion.
Une volonté de faire passer un message
Jim Acosta, visiblement impressionné par la technologie, a confié avoir été bouleversé par l’expérience. Il a déclaré : « Je suis un peu sans voix face à la technologie… j’avais vraiment l’impression de parler à Joaquin. »
Manuel Oliver, de son côté, précise qu’il ne s’agit pas de faire revivre son fils, mais de porter un message fort en utilisant les outils technologiques d’aujourd’hui. « Ce n’est pas Joaquin, mais entendre sa voix est une bénédiction. L’IA est ici comme symbole. »
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les parents de Joaquin utilisent l’intelligence artificielle dans une campagne. En 2024, ils avaient déjà utilisé un avatar pour envoyer des messages vidéo à des élus américains, dans le cadre de leur initiative baptisée « The Shotline ».
Une frontière floue entre hommage et malaise
Cette interview rouvre le débat sur les usages de l’intelligence artificielle à des fins mémorielles ou militantes. Reconstituer une personne décédée soulève de nombreuses questions : est-ce éthique ? Quelles limites poser ? Quelles conséquences émotionnelles pour les familles et pour le public ? Où se situe la frontière entre hommage sincère et spectacle dérangeant ?
Si l’objectif était de choquer pour réveiller les consciences, c’est réussi. Mais à quel prix ?
Pourquoi en parler sur 123 INFO ?
Parce que cette histoire incarne parfaitement ce que nous voulons explorer ici : les évolutions technologiques, leurs usages concrets, leurs excès, leurs promesses. L’intelligence artificielle n’est plus un sujet réservé aux experts. Elle s’immisce dans nos mémoires, dans nos émotions, dans nos valeurs. Et nous devons en parler.
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